Il neige sur le Lac Majeur

Traversée de Liverpool à Montréal à bord du porte-conteneurs Flottbek (avril-mai 2007)

22 mai 2007

09- 29 avril

Dimanche 29 avril 2007

Déjà projetés vers l'arrivée

TERRE-NEUVE FIDELE A SON IMAGE

6 h 45. Pas de saut du lit très matinal aujourd'hui. J'aurais pu aller à la passerelle à 3 h (6 h UTC) pour le relevé de position, car j'étais réveillé, mais je suis resté au chaud jusqu'à 6 h 15, entrecoupant des plages de lecture de Proust par de longues somnolences aux rêveries et impressions mêlées. L'approche de Terre-Neuve correspond bien à l'image que je m'en faisais : nous avançons dans le brouillard et la pluie (j'ai peine à distinguer le mât de proue, à 150 m), sur une mer toujours, heureusement, assez tranquille. Je monterai voir à 9 h où nous sommes.

LA VEILLE AUX ICEBERGS

01__Brouillard10 h. J'ai passé 45 minutes à la passerelle entre 8 h 45 et 9 h 30. Le capitaine était présent en même temps que le second et deux hommes d'équipage. L'horizon était encore très bouché, la visibilité réduite. A plusieurs reprises la corne de brume a fonctionné. Y avait-il d'autres navires à proximité ? Je n'en sais rien, et le radar ne semblait rien indiquer. D'après ce que j'ai vu sur la carte, nous approchons de la pointe sud-est de Terre-Neuve, que nous devrions apercevoir dans la journée si le temps se dégage complètement. En ce moment c'est déjà beaucoup mieux qu'à 7 h mais je dois régulièrement essuyer la buée sur la vitre. La situation change même très vite, encore une fois : le soleil est près de percer à bâbord. Le froid est toujours mordillant (3°). Ce matin à 4 h, Rona, à la passerelle, a vu quelques flocons et les conteneurs avaient légèrement blanchi dans la nuit.

Sur la carte, j'ai constaté que nous entrons dans les Grands Bancs de Terre-Neuve. J'ai évidemment à l'esprit toutes les images liées à la pêche à la morue... Nous allons raser Saint-Pierre et Miquelon mais je n'ai pas bien vu si nous devons passer entre les îles et Terre-Neuve ou au large. La carte dont je dispose sur l'ordinateur n'est pas assez précise. Verrons-nous d'autres bateaux, de pêche ou de commerce ?

Je viens de mieux voir la situation sur la photo satellite de Google enregistrée avant le départ. Je crois que nous allons laisser Saint-Pierre et Miquelon sur tribord.

LE DRILL : TOUT LE MONDE SUR LE PONT

11 h. Déclenché à 10 h 30, l'exercice de sécurité vient de se terminer. Intéressant à observer. Tout l'équipage, à l'exception des hommes de quart à la passerelle et aux machines, s'est retrouvé comme prévu par les consignes au pont n° 6. Visiblement des équipes étaient constituées à l'avance et chargées de responsabilités distinctes et des équipements correspondants (pour la lutte contre des incendies d'origines diverses...), mais j'ignore si ces équipes sont permanentes ou s'il existe des permutations.

02__Drill_103__Drill_2Spectateurs et acteurs (Photos de Rona)

L'exercice s'est déroulé rapidement, avec décontraction mais aussi beaucoup de sérieux. Le capitaine, radio portable à la main, dirigeait et contrôlait la manœuvre. Sur une de ses indications, nous avons vu une équipe lourdement harnachée disparaître au pas de course pour aller combattre un foyer supposé dans je ne sais quelle partie du navire. Rona a joué les reporters-photographes.

UN GOELAND ET DEUX FLOTTEURS

16 h 05. Je viens de passer là-haut plus d'une heure. Visibilité réduite à deux milles. Température extérieure : 2°. L'assistant du troisième officier m'a confirmé ce que je supposais ce matin : dans ces parages la surveillance est renforcée car la rencontre d'icebergs n'est pas impossible. Mais je n'en ai pas vu, pas plus que de baleines. En revanche, pendant tout ce temps, un goéland n'a pas cessé de planer à tribord. Il était déjà là ce matin très tôt, m'a dit Rona (si ce n'est lui c'est donc son frère...).

04__MG_barreurJuste avant de redescendre, j'ai aperçu deux flotteurs signalant des engins de pêche. Il n'y a pas de doute : nous avons quitté le grand large. Nous devons être maintenant à moins de 20 milles de la pointe sud-est de Terre-Neuve, où nous allons changer légèrement de cap pour remonter un peu dans l'ouest avant de longer Saint-Pierre et Miquelon.

Après le déjeuner, le capitaine nous a informés que nous pourrions arriver dès mardi matin vers 4h. Si cela se vérifie nous allons effectuer de nuit la dernière partie du voyage mais nous devrions passer de jour à Québec. J'espère que nous y bénéficierons d'une meilleure visibilité qu'actuellement : ce serait trop dommage de ne pas bénéficier à plein du Cap Diamant et du Château Frontenac !

Le capitaine nous a donné cette information alors que nous étions tous les cinq regroupés autour de mon ordinateur pour commencer à prendre connaissance de nos photos respectives, en vue de constituer une compilation commune. Il est très curieux de constater comment, depuis ce matin, nous nous projetons déjà dans une logique d'arrivée et plus de traversée. Commence à prendre forme le projet d'une rencontre à Montréal dans les tout prochains jours pour gravage de CD. J'espère qu'elle pourra se faire chez Jean et Béatrice.

LUMIERES A TRIBORD

21 h 30. Monté faire le point à 21 h (minuit UTC), j'ai aperçu des lumières sur Terre-Neuve. Nous allons longer Saint-Pierre et Miquelon pendant la nuit et toucher la pointe sud-ouest de la grande île demain matin. Il est probable que nous ne verrons guère la terre demain, à moins que la Gaspésie, demain soir... En tout cas, nous avons mal dû comprendre les prévisions du capitaine : il semble vraisemblable que nous arriverons à Montréal dans la nuit de mercredi. (Après coup, je pense que le quiproquo était le suivant : nous pensions Montréal et le capitaine parlait des Escoumins, fin de la traversée en autonomie, avec l'embarquement du premier pilote du Saint-Laurent.)

HEAVY FUEL OIL A LA SANTE DE TILO SCHMITT

Ce soir, après le dîner, nous avons procédé au calcul des sommes que nous allons laisser au steward, au cuisinier et à l'équipage (il est d'usage pour les passagers de montrer leur satisfaction en laissant des pourboires). Nous avons fait la répartition en euros et en dollars US, les uns se référant aux livres britanniques, les autres aux francs suisses ou aux dollars canadiens... C'était assez drôle. Malgré son aversion pour la banque, Rona tenait la caisse.


05__ComptesNous avons également offert deux packs de bière à l'équipage, ainsi qu'une bouteille de vin au capitaine et au chef-mécanicien. Pour ce dernier, nous avons assorti notre cadeau d'une étiquette : Heavy fuel oil, en souvenir du flacon de fuel lourd qu'il avait débouché pour nous et porté à nos narines lors de la visite des machines.

Rona et Laurence ont repris leurs instruments. Ils nous ont dit s'entraîner pour faire la manche cet été à Montréal. Nous avons même trouvé ensemble le nom du groupe, surprenant à souhait pour les non initiés : Les Flotte-Bec. Heureusement qu'il s'agit d'une plaisanterie car je ne suis pas sûr que nos deux artistes feraient fortune malgré leurs talents... Stefan est sorti aujourd'hui de l'état quelque peu léthargique dans lequel il était plongé depuis mercredi soir. Tout s'arrange.

Après mon départ du salon, les trois jeunes ont rejoint le pont inférieur pour une troisième soirée karaoké, imprévue celle-là. D'après ce qu'ils m'en ont dit l'ambiance était nettement plus débridée que lors des précédentes et, le lendemain matin, un certain nombre d'hommes d'équipage avaient de petits yeux et mal aux cheveux...

Posté par michelcargo à 04:17 - 09- 29 avril 2007 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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