Il neige sur le Lac Majeur

Traversée de Liverpool à Montréal à bord du porte-conteneurs Flottbek (avril-mai 2007)

18 mai 2007

04- Les marins du Flottbek

Les marins du Flottbek

C'est bien connu, le temps n'est plus des équipages homogènes, de la même nationalité que le bateau, l'armateur, l'affréteur... La mondialisation, la recherche du profit maximum ont des incidences directes aussi bien sur les navires que sur la composition des équipages. C'est ainsi que le Flottbek appartient toujours à une compagnie allemande mais, immatriculé à Hambourg lors de sa mise en service en 2005, il est passé sous pavillon britannique dès 2006 pour des raisons fiscales (au moins a-t-il gardé son nom, ce qui n'est pas toujours le cas). En ce qui concerne le personnel de bord, il est évidemment organisé selon des règles hiérarchiques communes à toutes les marines du monde mais il rassemble également plusieurs nationalités, ce qui introduit d'autres clivages.

J'aurais bien aimé creuser cette question et recueillir les témoignages et les points de vue des différents acteurs mais, une fois encore, mon faible niveau d'anglais m'en a empêché. Céline Aucher, journaliste à La Charente libre, qui a effectué la traversée sur l'Eilbek en juin 2006, a poussé beaucoup plus loin que moi ses observations, qu'elle livre dans son excellent blogue, dont je recommande la lecture :

http://celineauchercargo.blogspot.com (je conseille également ses deux autres blogues associés)

Tout ce que j'ai lu et entendu à propos de l'accueil des passagers par les marins s'est trouvé vérifié sur le Flottbek : nous avons été reçus avec la plus grande amabilité, aussi bien par les officiers que par l'équipage. Les règles simples de la vie à bord nous ont été clairement exposées. Seulement dictées par un souci de sécurité, elles n'ont jamais représenté de véritables contraintes. Non seulement nos questions, même naïves, ont toujours trouvé un accueil attentif, mais les officiers (capitaine et chef-mécanicien surtout) sont régulièrement allés au-devant de nos souhaits en proposant eux-mêmes des activités comme l'exercice du canot de sauvetage dans le port de Liverpool ou la visite guidée de la salle des machines. Nous avons toujours été très bien reçus à la passerelle et chaque fois que nous croisions un membre de l'équipage, dans n'importe quelle partie du navire, un grand sourire était de règle.

07__Amador08__Reagan_DrillLe cuisinier Amador et le steward Reagan (ici dans une tenue inhabituelle lors de l'exercice de sécurité) méritent une mention spéciale puisque nous avons eu avec eux des contacts permanents. L'un comme l'autre a tout fait pour nous rendre les repas agréables et même répondre à telle ou telle demande particulière (n'est-ce pas, Rona ?).

Nous avons été spontanément invités aux trois soirées-karaoké de la traversée, au même titre que n'importe quelle autre personne à bord. Rona ayant apporté son accordéon et Laurence sa guitare, le programme s'en est trouvé enrichi.

Je ne suis pas certain d'avoir tout compris de l'organigramme qui préside aux relations internes sur le Flottbek mais je crois pouvoir en dire l'essentiel...

UN COMMANDEMENT ALLEMAND...

01__CapLe capitaine Jan BLOCK, le 24 avril, a pris la relève du capitaine SCHNEIDER, plus âgé, arrivé la veille de Montréal (j'ignore à quel rythme se font ces échanges et quelle est la répartition du temps entre la mer et la terre pour les officiers supérieurs). Il m'a semblé avoir l'œil à tout sur le bateau, que je l'ai vu arpenter de l'arrière à l'avant et du haut en bas chaque jour.

Lors de ma rencontre avec lui, à l'entrée du port de Liverpool, je ne l'imaginais pas en uniforme galonné. J'avais tort. Chaque fois qu'il était en service il portait ses quatre galons. Mais il pouvait également opter pour une tenue très décontractée, aussi bien à la salle à manger qu'au salon de l'équipage en soirée-karaoké où il ne rechignait pas à prendre le micro pour une chanson rock en accord avec sa coiffure. Je ne l'ai jamais entendu élever la voix. Il m'a semblé dégager une autorité (naturelle ?) qui l'en dispensait. Enfin, quand je dis qu'il n'a jamais élevé la voix... pour parler, certes, mais pour rire et pour tousser (il a transporté de Liverpool à Montréal une solide bronchite qui le faisait repérer de loin)... Comme il se doit, chacun à bord lui donnait du “ Sir ” dans tous les échanges.



02__Chef_m_caLe chef-mécanicien Thilo SCHMIDT, comme le capitaine BLOCK, porte quatre galons. Comme son grade l'indique, il a la haute main sur le fonctionnement de toutes les machines du bord, de l'énorme moteur principal à tous les moteurs annexes mais essentiels : générateurs électriques, moteur de commande du gouvernail, etc. Dans l'exercice de ses fonctions, il officie dans les entrailles du navire, à partir d'une salle de commande monumentale. Comme pour le capitaine, j'ignore tout de son rythme de travail.

Il m'a semblé se réfugier tout d'abord derrière un visage un peu fermé mais cette apparence m'est vite apparue comme un masque (de protection contre la timidité ?). Du début à la fin du voyage, il s'est montré avec nous d'une gentillesse extrême. La liaison internet du bateau était effectuée à partir d'un ordinateur de sa salle de contrôle. Il nous a informés au départ que toute connection nous coûterait 5 € par minute. En réalité, nous avons pu envoyer et recevoir des courriels (du moins Rona et moi) sans rien débourser (oui, c'est vrai, l'un de mes deux messages n'est pas arrivé, mais il n'y était pour rien). De même, alors que nous passions Trois-Rivières, avec l'accord du capitaine, il m'a permis d'appeler gratuitement Montréal avec le téléphone portable du Flottbek (la communication transitant, je pense, par l'Allemagne !). A certains petits signes je le soupçonne de parler ou au moins de comprendre le français mais je n'ai pas osé m'en assurer en lui posant directement des questions. J'ai peut-être eu tort car, si mon intuition s'était révélée juste, j'aurais pu obtenir des éclaircissements sur mes très nombreuses interrogations au sujet du navire et de sa machinerie.

... DES EXECUTANTS PHILIPPINS...

Les autres officiers du Flottbek chargés de la navigation et des différentes manœuvres au port et en mer sont philippins. Fait significatif : nous n'avons eu connaissance que de leurs prénoms (et encore je n'ai pas retenu celui du 3ème officier, avec qui j'ai pourtant bien sympathisé). Leurs contrats de travail n'ont pas grand-chose à voir avec ceux des deux officiers allemands. Le second, par exemple, reste 6 mois sans revoir sa famille et son salaire, je crois, est de l'ordre de 1500 € mensuels (j'ignore ce qu'il pourrait être pour un officier allemand ou français de même grade).

Nous n'avons jamais vu aucun des trois officiers philippins (peut-être y en avait-il un quatrième, adjoint du chef-mécanicien) dans la salle à manger commune aux officiers et aux passagers. Ils partageaient la table des autres membres de l'équipage philippin.

03__2nd_OrlandoLe premier officier, Orlando (trois galons, qu'il ne porte pas ici où il est assis en polo blanc à côté d'Amador), m'est apparu comme quelqu'un d'assez taciturne. Le hasard a voulu que beaucoup de mes stations à la passerelle se sont situées pendant ses quarts. Nos échanges se sont le plus souvent limités aux salutations d'entrée et de sortie. Sauf deux fois. La première (mais je ne sais pourquoi, ce jour-là, le dialogue s'est vraiment engagé), il m'a parlé de sa famille, de la grossesse de son épouse qui lui permettra en août d'écourter son actuel séjour sur le Flottbek pour être présent à l'accouchement ; sur son téléphone portable il m'a montré les photos de sa femme et de ses deux enfants. La seconde, sur le Saint-Laurent, j'ai entrepris de lui parler de son changement de tenue (il venait d'apparaître en chemisette blanche galonnée), mais notre conversation a vite tourné court, sans doute en raison de ma maladresse : pour lui parler de sa chemise (je voulais employer le mot shirt), j'ai parlé de shit ! J'ai bien vu qu'il me regardait d'un drôle d'air mais ce n'est que plus tard que j'ai compris...

04__3_meLe deuxième officier (deux galons) était plus jovial et disert. C'est grâce à lui que j'ai pu apercevoir le Canada Senator. C'est lui qui m'a montré l'utilisation de divers appareils comme les radars et les écrans d'identification des navires rencontrés.

05__4_me_NikoLe troisième officier, Nico (un galon) avait le contact très facile et chaleureux. Avec son assistant à la passerelle, il m'a plusieurs fois offert une tasse de thé ou de café. Céline Aucher, en 2006, a aussi rencontré un Nico sur l'Eilbek. J'ignore si c'est le même (c'est possible car il y a visiblement des passages d'un navire à l'autre : Amador était aux fourneaux de l'Eilbek il y a un an).

Chacun de ces officiers m'a semblé avoir un assistant attitré pour ses quarts à la passerelle, mais j'ignore si cette fonction correspond à un grade particulier.

09__Karaok_Le reste de l'équipage, (une vingtaine d'hommes à peine) est réparti en équipes aux attributions sans doute bien définies pour la marche et l'entretien des machines, les manœuvres au port, l'entretien du bateau en mer : lutte permanente contre la rouille avec grattage et peinture permanents.


(Quelques membres de l'équipage lors du karaoké en l'honneur de l'anniversaire d'Amador, 51 ans)

Comme dans tout groupe, certaines personnalités m'ont paru plus marquantes mais j'aurais bien aimé en savoir plus sur les incidences d'une vie prolongée entre hommes en cercle restreint, loin du pays et de la famille... (Rien ne dit, d'ailleurs que, même si j'avais été capable de mieux parler et comprendre, j'aurais pu en si peu de temps obtenir des confidences : je n'étais qu'un passager payant – on m'a d'ailleurs demandé deux fois combien j'avais payé – et je ne partageais pas les tâches quotidiennes. Je n'ai pas la naïveté de croire que le sourire vaut sésame.)


... ET DEUX INTERMEDIAIRES

06__ElectricienUn officier électricien, ukrainien, est aussi placé sous les ordres du chef-mécanicien. Il s'appelle (à peu près) Wladislas Kouznetsov : j'ai vu son nom sur la porte de sa cabine, juste au-dessus de la mienne, un jour où je me suis trompé d'étage. Nous l'avons peu vu dans notre salle à manger car il partageait la plupart de ses repas avec les officiers et les membres d'équipage philippins. Européen, oui, mais pas de la même Europe...














10__St_MeinersUn troisième Allemand, Stefan Meiners, effectuait sur le Flottbek sa deuxième traversée. Il s'agit d'un jeune apprenti non encore admis en école de formation des officiers de marine en Allemagne. Il est à bord pour un stage de six mois en attendant d'être intégré. En tant que stagiaire nous l'avons vu à plusieurs postes sur le navire. Chargé de nettoyer le pont n° 6 au jet d'eau et à la brosse mais aussi à la passerelle, à la barre du Flottbek pendant un moment lors de la remontée du Saint-Laurent. Il n'a jamais pris aucun repas avec nous. En revanche, il est venu occuper la cabine libre à notre étage au départ du Hollandais Michael. Nous lui devons une superbe vidéo du plongeon du lifeboat dans le port de Liverpool. Rona, Stefan et Laurence ont pu obtenir grâce à lui quelques renseignements sur les relations entre membres d'équipage.

Posté par michelcargo à 20:46 - 04- Les marins du Flottbek - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

Bon Voyage

Quebec, 1 Juin 2007
Bonjour Michel,

Vous devez etre a quelque part sur la cote Est en ce moment en direction de l'Europe à bord du Canada Senator. Votre site est tres interessant et j'espere que vous faites un bon voyage !.

Au plaisir

T.Richard - Pilote Quebec-Escoumins

Posté par Thalassa, 01 juin 2007 à 15:11

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