Il neige sur le Lac Majeur

Traversée de Liverpool à Montréal à bord du porte-conteneurs Flottbek (avril-mai 2007)

16 mai 2007

01- 24 avril

Mardi 24 avril 2007

Liverpool, à bord du Flottbek


LES SABLES - LIVERPOOL : DE L'IMPREVU POUR SE METTRE EN TRAIN

Inscrire le lieu et la date, c'est facile, mais après... Par où et comment commencer ?

Je suis assis au bureau de la cabine n° 6 du pont 10, réservé aux passagers. C'est l'une des deux cabines doubles. Elle bénéficie de deux hublots : l'un sur bâbord, d'où la vue s'étend sur la ville de Liverpool, l'autre sur l'avant, juste au-dessus du bureau. Sur les photos du navire, qu'on peut consulter à l'adresse suivante :

http://www.shipspotting.com/

mes deux hublots sont les troisièmes en-dessous de la passerelle de commandement. (Pour trouver les photos, à gauche, dans "Search", taper "FLOTTBEK" puis cliquer sur "Search". Dans la nouvelle page, dans la catégorie "Shipsphotos", cliquer sur "Show all results". Une liste plus longue s'affiche, dans laquelle on peut choisir une photo en fonction de la date. Une autre liste peut être atteinte en cliquant en bas à droite sur "Next". Attention : il peut y avoir des photos des anciens Flottbek.
La marche à suivre est la même pour le Canada Senator.)

Si je lève les yeux, j'aperçois en enfilade les flèches de cinq énormes grues bleues. La première procède au déchargement et chargement du Flottbek, arrivé à Liverpool hier en fin d'après-midi. D'autres travaillent sur l'autre porte-conteneurs amarré devant nous. Pour l'instant le bateau est peu chargé. Dans quelques heures, peut-être qu'un conteneur me bouchera la vue sur l'avant. Si c'est le cas ce sera dommage mais, à la différence des quatre cabines du centre, j'aurai toujours une vue dégagée sur le côté.

Le Flottbek est à quai à l'extrémité du port la plus proche de la mer libre. Pour visualiser le port de Liverpool et l’emplacement exact du bateau :

http://maps.google.com/maps?t=k&spn=0.01,0.01&q=53.461,-3.021

01__M24_160Sur le terre-plein qui sépare le bassin du large estuaire de la Mersey, deux interminables hangars, assez bas pour laisser dégagée la ligne d'horizon où je devine, apparemment en pleine mer, un champ d'éoliennes et de vagues côtes : le Pays de Galles ? des îles ? J,aurais dû m'intéresser de plus près à la géographie de la région mais le temps m'a manqué (à ma grande honte, j'avoue même que, jusqu'à vendredi dernier, je croyais que Liverpool était un port de la Manche !)... Sur le terre-plein toujours, trois petites grues bleues, très fines, et trois éoliennes de taille modeste. Une seule tourne - lentement -, celle du centre. Le ciel est plutôt gris (il a plu hier soir et cette nuit) mais le soleil perce les nuages par endroits.

Liverpool... alors que j'aurais dû être aujourd'hui en route pour Anvers, d'où j'ai toujours imaginé m'embarquer depuis qu'à partir de mai 2006 Geneviève, la famille et les amis m'ont offert ce voyage de rêve pour mes 60 ans... Pour la première fois depuis que la ligne existe (Anvers-Montréal direct à l'aller et Montréal-Liverpool-Anvers au retour), le Flottbek va griller l'escale belge. D'abord prévu pour le 15 avril, le départ a une première fois été repoussé au 21, puis au 25, avant que n'arrive, vendredi dernier, un coup de téléphone de l'agence Mer et Voyages : convocation ici même aujourd'hui vers 10 h ou 11 h. Panique... J'ai passé le reste de la journée de vendredi à organiser ma venue à Liverpool : trop chargé de bagages pour prendre l'avion, je n'avais de recours que le train.

Assurer les correspondances n'a pas été très facile (certains trains étaient complets) mais tout s'est finalement passé sans anicroche et, parti des Sables d'Olonne à 7 h, je suis arrivé à Liverpool à 19 h 45 heure anglaise, soit 20 h heure anglaise, après des changements de train à Nantes, Lille et Londres. Le transfert en taxi de gare à gare (Waterloo - Euston), à Londres, m'a juste permis d'apercevoir Westminster et Big Ben, et de passer sur les lieux du sinistre attentat contre un bus, il y a quelques années. Le chauffeur était très sympathique et francophile : il a pris mon parti quand je me suis fait interpeller par un Anglais râleur (mais oui, ça existe !) pour avoir bien involontairement court-circuité la file d'accès aux taxis, et il a été très fier de me montrer les photos de sa maison en Bretagne, une superbe longère. Francophile et, de surcroît, assez francophone pour me commenter les endroits où nous passions. En guise d'au revoir, non seulement il n'a pas accepté de pourboire mais il m'a fait cadeau des 60 pence de monnaie qui me manquaient.

Nouveau chauffeur très accueillant à l'arrivée à Liverpool, après une traversée de la campagne anglaise où la pluie a fait son apparition. Lui aussi m'a présenté les monuments aperçus, moitié en anglais, moitié en français, me signalant que les drapeaux qui décoraient un bâtiment officiel étaient là en l'honneur du prince Charles, présent le matin même.

LIVERPOOL : DE L'ALBERT DOCK AU FLOTTBEK

02__M24_148Je me suis promené ce matin pendant plus d'une heure avant mon grand rendez-vous. Le centre de Liverpool m'est apparu comme un énorme chantier. On voit bien encore ici et là des traces de la grande crise économique des années Thatcher, mais il est évident que la ville est en train de revivre.

03__M24_156En témoignent par exemple les anciens docks (Albert Dock), tout proches de mon hôtel, réhabilités et transformés en immeubles, boutiques et appartements luxueux. J'aurais bien jeté un coup d'œil au musée des Beatles, installé là aussi, mais il était trop tôt. Ces transformations m'ont un peu fait penser à la remise en valeur du vieux Montréal. C'est peut-être encore plus spectaculaire ici.

04__M24_158Nouveau taxi pour rejoindre le Royal Seaforth Container Terminal. Non seulement ce chauffeur-là ne parlait pas un mot de français mais son anglais était pour moi totalement incompréhensible. Il paraît que les Anglais pur sucre ont eux-mêmes du mal avec l'accent des gens de Liverpool. C'est dire... Heureusement je savais que les Reds de Liverpool doivent disputer ce soir leur demi-finale aller contre Chelsea, aussi, quand j'ai réussi à capter le mot “ football ”, j'ai réussi à placer deux mots. Heureusement j'avais sur un document transmis par Mer et Voyages l'adresse et le plan de ma destination et, tant bien que mal, nous y sommes parvenus. Alors que nous roulions encore à l'extérieur du port, j'ai aperçu le Flottbek. J'avais passé trop de temps depuis des mois à regarder et copier ses photos sur internet pour ne pas reconnaître du premier coup d'œil son château à la hauteur impressionnante. Mon excitation a monté d'un cran.

Mon cab arrive au poste de contrôle d'entrée dans la zone portuaire en même temps qu'un autre. En descend un homme jeune (moins de quarante ans sans doute) qui tend son passeport juste avant moi en disant qu'il rejoint le Flottbek (un vrai morceau de chance pour moi, n'est-il pas ?). Je pense qu'il peut s'agir d'un autre passager et je me présente. Lui aussi. C'est le capitaine, juste arrivé de Hambourg pour prendre la relève. Coiffure un peu rock : petite brosse sur le haut de la tête, tempes presques rasées et queue de cheval dans le dos. J'ai un peu de mal à l'imaginer en uniforme galonné. Les premiers échanges entre nous sont extrêmement cordiaux pendant le court trajet qui nous amène, en bus, jusqu'au bateau. J'ai plaisir à comprendre presque tout ce qu'il me dit, alors que je ne saisis rien des propos rigolards échangés entr le chauffeur et les dockers embarqués en cours de route.

05__M24_167

Divers témoignages déjà lus sur les voyages en cargo évoquaient la forte impression ressentie en arrivant au bord du quai dominé par la masse imposante du navire. Je ne l'éprouve pas, tout occupé à descendre mes lourdes valises. En revanche, escalader la passerelle (the gangway) me fait battre le cœur et me salit bien les mains, immédiatement pleines de cambouis. Sur le pont n° 6, enregistrement de mon arrivée dans le cahier de contrôle, dépôt de mon passeport au bureau du bateau où le capitaine partant vient d'accueillir l'arrivant, et où un officier philippin m'offre un café.

06__M24_165Je me retrouve dans ma cabine, au pont n° 10, où mes bagages ont déjà été apportés. Le steward me remet la clé et me présente les lieux.

08__M25_240Ce que je découvre confirme l'excellente impression donnée par les photos transmises par l'agence : tout est impeccable (mobilier Ikéa ou assimilé), très propre et de bonne dimension. Les hublots sont de véritables fenêtres (hermétiques) qui dispensent une lumière abondante, la salle de bain est très complète et accueillante. Il n'y a aucun doute : ma cabine est beaucoup plus vaste et confortable que la chambre du Formule 1 où j'ai passé la nuit dernière.

La cabine n° 6 (le hublot bâbord surplombe le lit de gauche)

07__M25_235L'heure du déjeuner approche et je redescends au pont n° 7. Au salon puis à la salle à manger, je fais la connaissance d'autres passagers (je les présenterai un peu plus précisément plus tard). Il y a là Michael, Hollandais, arrivé de Montréal hier par le Flottbek et en attente d'une correspondance cette nuit ou demain pour rallier Anvers, Lucy et Stefan. Pendant le déjeuner nous sommes rejoints par Rona et nous le serons en cours d'après-midi par Laurence (qui, comme son prénom ne l'indique pas en français, est un garçon). Dès les premiers instants, le contact passe très bien entre nous. A l'évidence, le choix de voyage qui nous est commun est un facteur important de rapprochement et facilite la simplicité des échanges, malgré (pour moi) la barrière de la langue.

Selon toute vraisemblance, les journées à venir vont être ponctuées par les repas : petit-déjeuner à 7 h 30, déjeuner à 11 h 30 et dîner à 17 h 30 (de longues soirées en perspective). J'ai l'impression qu'en dehors de ces points fixes, chacun peut vivre sa vie indépendamment des autres, ce qui n'empêche pas non plus les rencontres, bien entendu.Salon 

Salle___mangerSalon et salle à manger des passagers et officiers

De bâbord à tribord, sur le pont n° 7, on trouve le salon de détente des passagers et des officiers, la salle à manger pour les mêmes, la cuisine et la salle à manger de l'équipage. Celui-ci dispose aussi d'une salle de détente (mais pas plus grande que celle des officiers et passagers) juste en dessous, au niveau 6. Dans les deux salons on trouve des tables, des fauteuils, des banquettes confortables, un téléviseur à grand écran plat, un lecteur de DVD (et une collection de films), une mini chaîne Hi-Fi.

UN PLONGEON POUR SE METTRE DANS LE BAIN

Après le déjeuner, je laisse mes compagnons en conversation avec le capitaine et l'officier chef-mécanicien pour regagner ma cabine, défaire mes valises et m'allonger un moment. Je vais bien le regretter car, pendant ce temps-là, Rona, Michael et Stefan sont invités par le capitaine à participer à l'exercice de sécurité avec le grand canot de sauvetage. Celui-ci est arrimé à bâbord arrière entre les ponts 7 et 8, sur une rampe très inclinée, l'étrave pointée vers le bas. L'exercice consiste à laisser le canot plonger dans l'eau (les occupants étant invités à bien se tenir, bras tendus, pour amortir le choc) et à effectuer quelques manœuvres dans le bassin.

Je rate donc ce tour de manège qui impressionne beaucoup mes nouveaux petits camarades. Nous venons tout juste de faire connaissance, il est normal que ceux-ci n'aient pas pensé à me prévenir de cette attraction inattendue. Il est hors de doute qu'un peu plus tard ils n'auraient pas manqué de le faire, sachant mon avidité de découvertes.

13__M24_170Nous nous retrouvons juste après que le canot de sauvetage a retrouvé sa place et, casque sur la tête, nous descendons sur le quai pour mieux voir le Flottbek, observer les manœuvres environnantes et prendre quelques photos.

Au bout d'un moment nous sommes priés de regagner le bord par un agent de sécurité du port. Nous poursuivons nos observations à partir du pont n° 7. Les chassés-croisés des engins donnent le tournis.

17__S_21Les grues arrière du Flottbek embarquent le ravitaillement. (Photo de Stefan)

18__M24_175Un petit pétrolier est amarré à couple le long du flanc bâbord ; il remplit les cuves de notre navire, qui consomme 50 tonnes de fuel lourd par jour.

19__M24_179Un peu plus tard, le deuxième officier (philippin), à l'anglais pour moi incompréhensible mais aux gestes expressifs, nous réunit pour les consignes de sécurité : matériel à prendre avec soi (casque, gilet de sauvetage, sac avec combinaison de survie), gestes à effectuer... Deux procédures sont prévues : regroupement à l'arrière sur le pont extérieur n° 6 ou au niveau du pont n° 8 pour embarquement dans le canot (the lifeboat) en cas d'abandon du navire. L'exercice mensuel grandeur nature (the drill) est annoncé pour samedi.

Après cette démonstration, Michael, en sa qualité d'ancien, nous montre les lieux auxquels nous pouvons accéder librement, en dehors des ponts extérieurs n° 7 (toujours) et n° 6 (sauf pendant les manœuvres au port). Ce sont la buanderie et la salle de gym, minuscule : on y trouve deux vélos d'appartement, un sauna individuel, une chaise longue et une douche.

20__M28_30J'ai bien l'impression que, pendant la traversée, l'exercice physique va se limiter à monter et descendre les deux escaliers (intérieur à bâbord, extérieur à tribord) qui permettent de circuler du haut en bas du château, en deux volées de marches entre les niveaux. (Cette impression s'est avérée juste : mes compagnons ont utilisé la buanderie mais, autant que je sache, ni eux ni moi ne sommes jamais retournés à la salle de gym.)

UNE SOIRÉE DE TRANQUILLE IMPATIENCE

Il est 20 h 30. Je viens d'avoir une longue conversation avec Reagan, le steward, à qui j'avais demandé de venir vérifier le fonctionnement de ma chasse d'eau récalcitrante. Mon anglais est toujours aussi chaotique mais comme toujours en tête à tête avec un non-anglophone de naissance, j'ai à peu près réussi avec lui à dépasser mes complexes, bien aidé par sa grande gentillesse et par le fait que son anglais à lui n'est pas non plus parfait. A 23 ans, il effectue depuis septembre dernier son second séjour sur le Flottbek et il ne reverra pas sa famille et sa petite amie avant février prochain. Dur, dur... (D'après les renseignements glanés ultérieurement, le salaire mensuel de Reagan serait de 800 $ – pour des journées de travail de combien ? 12 h ? 14 h ? La petite amie, dont il parle volontiers, n'existerait que dans son discours...)

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Reagan (à droite) en compagnie du cuisinier Amador (Photo de Stefan)

23__S_12La nuit est tombée. Il pleut. Sur le quai la ronde des engins continue à la lumière des phares et projecteurs. La grue qui charge et décharge le Flottbek soulève, repose encore et encore. Une secousse se fait parfois sentir jusque dans les cabines mais le plus souvent on n'entend rien qu'un grondement sourd et le souffle de la climatisation.

Quand un conteneur passe juste devant la fenêtre de la cabine (Photo prise par Stefan plus tôt dans l'après-midi)


Je ne suis pas un fana du téléphone portable mais c'est quand même une belle invention : depuis mon départ de la maison hier matin, j'ai pu signaler à ma chère et tendre mes différents passages à Lille, Londres..., l'informer de mon embarquement et des prévisions de départ. Aux dernières nouvelles, mais il y a des contradictions selon les interlocuteurs, nous devrions quitter le quai demain matin soit à 4 h 30 soit à 6 h. Je vais régler la sonnerie du téléphone sur 4 h 15 pour être sûr de ne rien manquer. Je ne sais pas encore à quel point d'observation nous pourrons avoir accès pour assister au départ. Il semble bien en tout cas – d'après ce que m'a dit Reagan – que la vue sur l'avant, à partir de la cabine, sera bouchée par des conteneurs. C'est étonnant car, pour l'instant, le bateau paraît toujours presque vide.

Posté par michelcargo à 19:20 - 01- 24 avril 2007 - Liverpool - Commentaires [1] - Permalien [#]


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